La pornographie sur internet

« Les parents doivent éduquer leur enfant à la rencontre inévitable avec des contenus inadaptés ». Ce conseil formulé par le pédopsychiatre Patrice Huerre trouve tout son sens quand on sait qu’un tiers des enfants de moins de 12 ans ont déjà visionné des images pornographiques sur internet (Statista Research Department, janvier 2019).

Alors quelles sont les conséquences potentielles sur la construction de leur identité ? Et comment les préserver ? …

Un phénomène intrusif

Streaming, téléchargement de séries, films et autres produits culturels …. Ces pratiques culturelles poussent les jeunes vers des sites illicites, qui se rémunèrent grâce à la publicité. Et ces sites illégaux sont peu regardants sur la nature des annonceurs ! Votre enfant peut donc être exposé malgré lui à des images à caractère pornographique qui « popent » sur son écran, alors même qu’il n’était pas dans une démarche de recherche volontaire.

La pornographie en libre-service

D’autant que nous vivons à une époque où la pornographie est (quasiment) en libre-service, via les « tubes » spécialisés comme YouPorn ou PornHub. Ces plateformes qui permettent de consulter des vidéos gratuitement, sans création de compte, ne vérifient généralement pas l’âge des utilisateurs. Il suffit de cliquer sur la mention « je suis majeur » pour accéder aux vidéos… sans aucune autre forme de contrôle !

Gare au smartphone !

Dans son ouvrage intitulé À un clic du pire (aux éditions Anne Carrière), la réalisatrice Ovidie note que 70% des mineurs qui accèdent à des contenus pornographiques le font via leur smartphone. Notre conseil ? Si votre enfant rentre seul du collège et doit être joignable, équipez-le d’un téléphone portable basique sans connexion internet.

Ces chers pairs...

Votre enfant ne possède ni téléphone, ni tablette ni ordinateur portable ? Mais il peut tout de même être exposé à des contenus pornographiques par l’intermédiaire de ses camarades, qui les consulteraient sur leurs propres écrans. Cour de récréation, chemin du retour de l’école, goûter d’anniversaire ou soirée pyjama : les risques sont majorés quand les enfants sont en groupe et qu’un écran circule.

Les risques pour votre enfant

Une exposition précoce à la pornographie peut entraîner des troubles psychiques chez un enfant dont la personnalité est en cours de construction.

  • Pour les garçons, la pornographie crée une image erronée de la masculinité, perçue comme dominatrice, ultra-virile et exclusivement axée sur la performance. Un modèle auquel il n’est ni facile ni souhaitable de se confronter ! Caroline Van Assche, psychologue et sexologue clinicienne en Gironde, ne dit pas le contraire : « Il y a très souvent une confusion entre la réalité, l’imaginaire et le fantasme ». Cette confusion est entretenue par les films dits amateurs, qui ne reflètent pas plus que les autres la réalité d’un rapport sexuel.
  • Chez les filles, les conséquences sont plus diffuses mais tout aussi pernicieuses. Peur de la douleur, quête d’un corps « parfait » ou image avilissante du rôle de la femme : les mises en scène pornographiques charrient leur lot de traumatismes.
Comment les préserver ?

Pour limiter les risques d’exposition de votre enfant à des images pornographiques, adoptez les bons réflexes :

Privilégiez le dialogue

Personne ne connaît votre enfant mieux que vous-même. Donc s’il vous semble mal à l’aise après avoir surfé sur le web, échangez avec lui et amenez-le à se confier sur les causes de son malaise. Notre conseil ? Surtout n’attendez pas que le problème se produise ! Parlez en amont avec lui des contenus choquants auxquels il peut être exposé sur internet.

« Il est indispensable de lui faire passer des messages préventifs de façon précoce et progressive », comme le souligne le pédopsychiatre Patrice Huerre.

En un mot, anticipez !

Installez un logiciel de contrôle parental

C’est la première précaution à prendre ! Parmi les produits disponibles sur le marché, citons Naomi (capable de reconnaître les images et textes pornographiques dans une dizaine de langues) ou OpenDNS (qui filtre les contenus adultes et bloque les adresses concernées).

De plus, sachez également qu’il existe des moteurs de recherche spécifiquement dédiés aux enfants. Ils présentent l’avantage de n’afficher dans les résultats de recherche aucune page à caractère pornographique, raciste, violent ou politique.

Évitez l’isolement

Votre enfant ne devrait pas accéder à internet seul dans sa chambre, porte fermée. Le smartphone ou l’ordinateur portable seront donc utilisés de préférence dans les pièces de vie, comme le salon.


L’essentiel

  • L’exposition aux images pornographiques n’est pas toujours volontaire.
  • Le smartphone est la principale (mais pas la seule) porte d’accès à la pornographie en ligne.
  • L’exposition précoce à la pornographie peut entraîner des troubles psychiques.
  • Pour limiter les risques, l’utilisation d’un logiciel de contrôle parental est indispensable.

À savoir
  • L’âge légal pour accéder aux plateformes pornographiques est de 18 ans. Mais aucun contrôle sérieux n’est effectué ! Il suffit souvent de cliquer sur le bouton « J’ai plus de 18 ans ».
  • Le centre canadien Habilo Medias propose une fiche permettant d’aborder la question de la pornographie en ligne avec ses enfants.

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